Conséquences de la sécheresse
Devant les conséquences de la sécheresse de cette année qui se traduit notamment par une chute précoce et en masse de glands plus où moins mûrs, nous souhaitions faire un point sur la dangerosité des glands pour les équidés.

Les intoxications dues aux chênes chez les équidés sont saisonnières. Elles surviennent pour la très grande majorité entre la fin de l’été et l’automne, lors de la chute des glands. Il n’est pas rare de lire des témoignages de personnes laissant un accès illimité aux glands à leurs équidés et en déduisant que cette pratique ne présente pas de risque. Cependant, la consommation de glands et parfois des jeunes feuilles des espèces de chêne citées ci-dessus peut engendrer des intoxication graves chez les équidés.
Des tanins et des glands 
Parmi les composés sécrétés par les plantes pour dissuader les herbivores de les consommer, on retrouve les tanins. Les tanins sont des composés végétaux qui se répartissent en deux principaux groupes : tanins hydrolysables et tanins condensés. Ces deux types de tanins sont présents en quantité variable dans les glands et dans une moindre mesure dans les jeunes feuilles de chêne.
Si les tanins condensés n’auront pour impact que des désordres d’intensité gérable consistant en de potentielles carences en protéines et des désordres digestifs, les tanins hydrolysables provoqueront des intoxications potentiellement mortelles. En effet, lorsque les tanins hydrolysables sont ingérés, ils vont être hydrolysés dans le tube digestif. Cette hydrolyse va entrainer la libération d’acide gallique et ellagique. L’acide gallique sera ensuite dégradé en pyrogallol, un composé fortement toxique qui en passant dans la circulation sanguine va impacter le système digestif, le foie et la fonction rénale. Il va notamment réduire le péristaltisme dans le caecum, impacter la muqueuse intestinale et détruire les tubules des reins.
Les tanins

Conséquences

Par ailleurs si les glands sont la principale source d’intoxications liées aux chênes chez les équidés les jeunes feuilles sont également riches en tanins en période printanière et une consommation importante peut, comme pour les glands, induire des intoxications. Dans une moindre mesure, la consommation d’écorce peut également être dangereuse.
Quels sont les symptômes ?
L’apparition de l’intoxication peut être soudaine ou s’étaler dans le temps. Dans le cas d’une intoxication aiguë grave due à la consommation de glands amers en grande quantité, l’équidé peut mourir très rapidement en raison des lésions provoquées au niveau du système digestif qui provoquent coliques, diarrhées hémorragiques ou constipation. A cela s’ajoutent des troubles rénaux dus à l’action des tanins sur les reins.
Dans le cas d’une consommation plus restreinte en quantité mais étalée dans le temps, l’équidé développe une anorexie (refus de s’alimenter) et perd du poids. Une attitude dépressive est également présente. A cela s’ajoutent les symptômes digestifs déjà cités plus haut, des œdèmes et des troubles rénaux. Dans les cas graves, que l’intoxication soit aigue ou non, elle peut causer la mort.
Important

Malheureusement non. Et peut-être même moins qu’un équidé ne consommant pas de glands habituellement. Un âne ou un cheval peut en effet consommer des glands pendant des années et parfois même plusieurs décennies sans développer une intoxication à condition que les glands consommés soient des glands pauvres en tanins hydrolysables ou le soient en faible quantité. Mais si pour une raison ou une autre (parasitisme, sécheresse…) les glands de l’année suivante sont des glands riches en tanins hydrolysables, l’habitude de consommer des glands poussera l’équidé à consommer les glands amers malgré leur goût moins agréable. A l’inverse, un équidé mis en contact en premier lieu avec des glands amers aura moins tendance à retourner consommer des glands l’année suivante. Malgré cela, il n’y a aucune garantie qu’une exposition aux glands amers décourage définitivement l’équidé de consommer des glands.
Par ailleurs, si la glandée est plus importante que les années précédentes et que l’équidé peut consommer les glands à volonté, la quantité de glands ingérés pourra être plus importante et les risques d’intoxication plus grands même avec des glands doux, qui restent dans tous les cas une nourriture très riche pouvant être néfaste.
Que faire ?

Absolument pas. Les chênes apportent une ombre bienvenue en période estivale et sont très utiles à la biodiversité. La pose d’une clôture permettant de couper l’accès au glands le temps de les ramasser ou de laisser l’hiver les enterrer ou les pluies lessiver les tanins suffira à préserver vos équidés tout en conservant vos arbres. Au printemps, on limitera l’accès aux jeunes feuilles pour éviter une consommation importante.
En complément, je me permets de mentionner ici le lien vers une super publication pratico-pratique d’Equiflore qui aide grandement à reconnaitre les chênes les plus toxiques (rouvre et pédonculé) et les distinguer des autres. Avec ça, plus de confusion possible !